État des lieux : les langues dans le monde

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D’après vous, combien existe-t-il de langues dans le monde ? 500 ? 999 ? 3 456 ? Cela reste loin du compte : à ce jour, les ethnologues ont identifié plus de 7 100 langues différentes. Et c’est sans compter les milliers de variantes dialectales qui s’y greffent.

Richesse et diversité 

Même si vous avez la chance de maîtriser une autre langue que votre langue maternelle, vous n’exploitez qu’à peine 0,03 % du patrimoine linguistique mondial.

Loannis Ikonomou, recordman du plurilinguisme avec la bagatelle de 32 langues vivantes à son actif, n’atteint que 0,45 %. En outre, la diversité linguistique ne coïncide pas avec les frontières des pays. L’Organisation des Nations unies (ONU) reconnaît 197 pays à la surface du globe.

Il y aurait donc 36 fois plus de langues parlées que de pays. Notre multilinguisme est aussi local : au sein d’un même pays, des idiomes véhiculaires ou minoritaires coexistent avec une voire plusieurs langues officielles. Face à ces chiffres, ne connaître qu’une seule langue reflète un saisissant entre-soi.

La famille la plus répandue sur Terre est celle des langues indo-européennes : elle comprend notamment les langues romanes, auxquelles appartiennent par exemple l’espagnol et le portugais. Sans surprise, ces deux langues affichent une similarité lexicale de 0,89 (1 étant le maximum) : c’est la raison pour laquelle il est courant d’admettre que les hispanophones ont davantage de facilités à apprendre le portugais, et inversement.

Le même phénomène se vérifie pour l’italien et le français (0,89) : cette proximité historique facilite le passage d’une langue à l’autre. À titre de comparaison, l’anglais (sous-famille germanique) et le français (sous-famille romane) affichent un coefficient de 0,27. 

La culture derrière les langues

Cette remarquable diversité linguistique est toutefois menacée. On estime que deux langues disparaissent tous les mois. À ce rythme, plus de la moitié du terreau linguistique de l’humanité se sera évanoui à la fin du XXIe siècle. Certains chercheurs, plus pessimistes, redoutent que seulement 300 à 600 langues vivantes survivent à l’horizon 2100.

Si le phénomène inquiète à ce point les linguistes, c’est aussi parce que l’agonie d’une langue entraîne la disparition d’une part du bagage culturel de l’humanité. Et ce même quand elle n’est parlée que par une centaine de personnes.

Apprendre une langue étrangère c’est apprendre une culture nouvelle, des modes de vivre, des attitudes, des façons de penser, une logique autre, nouvelle, différente, c’est entrer dans un monde mystérieux au début, comprendre les comportements individuels, augmenter son capital de connaissances et d’informations nouvelles, son propre niveau de compréhension.

Jeanine Courtillon, La notion de progression appliquée à l’enseignement de la civilisation, 1984


Langue et culture sont en effet organiquement liées. L’anthropologue Claude Lévi-Strauss avait résumé cette parenté dans son ouvrage Anthropologie structurale (1958). Une langue ne se réduit pas à un ensemble de sigles à assembler sur la base de règles grammaticales préétablies, comme elle ne se limite pas non plus à connaître sur le bout des doigts des notions pédagogiques.

Apprendre une langue, c’est avant tout apprendre la culture derrière la langue et permettre à chacun d’aborder les différentes façons de communiquer, de s’exprimer, de s’exclamer, de vivre, de s’alimenter, de commander une baguette de pain, de blaguer et de travailler ensemble. En ce sens, n’apprendre qu’une seule langue au cours de sa vie serait-il un appauvrissement culturel ?

Aujourd’hui encore, les langues se transforment pour s’adapter aux nouveaux usages. Loin d’être imperméables, elles s’influencent et se mélangent. Au fil des siècles, les langues se sont imposées par de multiples métissages. Le français s’est notamment enrichi de nombreux mots appartenant à d’autres cultures (et pas seulement d’anglicismes !) : kawa (arabe), paréo (tahitien), lama (tibétain) ou encore kamikaze (japonais).

Tous les ans, des dizaines de néologismes font leur entrée dans les dictionnaires monolingues : par exemple, en 2020, l’Oxford English Dictionary a déroulé le tapis rouge aux termes chillax, whatevs ou encore nomophobia. En 1990, l’Académie française a simplifié une (petite) poignée des normes orthographiques.

Bien que cette réforme n’ait eu qu’une portée limitée, elle avait le mérite de témoigner d’un besoin réel de réappropriation de la langue par ses usagers. Modernisation pour les uns, nivellement pour les autres, l’objet de la controverse est le propre d’une langue vivante.

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