Hard skills ou soft skills : vers quelles formations CPF s’orienter ?

Alors que les entreprises sont à la recherche de collaborateurs plus agiles pour faire face au renouvellement rapide des compétences, les salariés ont quant à eux de nouvelles attentes formation, plus axées que jamais sur leur développement personnel.

Comment conjuguer ces attentes ? Hard skills, soft skills, l’offre formation est abondante et les sujets de formation semblent tous couverts. En France, le CPF rend les salariés acteurs de leur apprentissage et fait évoluer les arbitrages des formations que les employeurs souhaitent ou non financer. Entreprises, individus, écoles et pouvoirs publics : quelle(s) formation(s) privilégier ?

Traditionnellement, la vie a été divisée en deux grandes parties : une période d’apprentissage, suivie par une période de travail. Ce modèle traditionnel deviendra vite complètement obsolète, et la seule façon pour les humains de rester dans la course consistera à continuer d’apprendre tout au long de leur vie et de se réinventer en permanence.

Yuval Noah Harari, auteur de Homo Sapiens

Hard skills et soft skills

On aime à distinguer deux grandes familles de formations et compétences : les hard skills et soft skills. Les hard skills font référence aux compétences techniques, démontrables voire académiques. Exemples : programmation, web design, Excel, suites logicielles, langues étrangères, etc. Les formations aux hard skills ont traditionnellement été très présentes dans les plans de formation, faisant l’objet d’importants financements de la part des entreprises.

Les soft skills font de leur côté référence aux compétences humaines, qualités relationnelles et savoirs comportementaux. Exemples : communication, management, leadership, créativité, innovation, négociation, persuasion, gestion du temps, prise de parole en public, optimisme, humour (!), etc. Ces soft skills renvoient aux notions de développement personnel, d’intelligence émotionnelle ou encore de bien être au travail. D’abord peu présentes dans les budgets formations, les formations aux soft skills sont très plébiscitées par les entreprises et leurs salariés ces dernières années.

En tant qu’employeur, DRH ou responsable formation, alors que certains soft skills très demandées peuvent paraître peu concrets et que le CPF permet désormais à chaque salarié de suivre la formation de son choix, quelle(s) formation(s) l’entreprise doit-elle privilégier ?

Zoom sur trois formations : langues étrangères, orthographe et culture générale

Gymglish commercialise des cours en ligne de langues, d’orthographe et de culture générale à des publics d’entreprises, de particuliers et d’établissements d’enseignement. Quels sont nos retours d’expérience dans ces trois domaines de formation ?

Les langues étrangères

Un Français sur deux admet ne parler aucune langue étrangère.

Pole Emploi, Employabilité et langues étrangères, 2016

Plutôt considérées comme des hard skills car reposant sur des savoirs techniques, démontrables et académiques, les langues étrangères ont toujours été présentes dans les budgets formation des entreprises européennes, surtout s’agissant de cours d’anglais. C’est tout du moins le constat que nous faisons en tant qu’organisme de formation professionnelle auprès d’entreprises situées en France, en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

L’arrivée du CPF en France change néanmoins les arbitrages de financements. La formation à l’anglais disparaît de certains plans de formation et est désormais envisagée dans le cadre exclusif du CPF. Sans surprise, elle figure parmi les formations les plus demandées par les Français pour leur CPF.*

Au-delà de l’Europe francophone et germanophone et dans les entreprises anglo-saxonnes notamment, les budgets de formation langues se font plus rares. Dans la plupart des pays du monde, si quelqu’un souhaite progresser en anglais, apprendre l’espagnol ou l’allemand, c’est d’abord à lui ou elle de financer sa formation.

Si on les observe à travers le prisme des très en vogue soft skills, les langues étrangères constituent un vecteur concret de progression en compétences humaines et relationnelles : communication, travail en équipe, adaptation aux environnements variés, ouverture aux autres cultures, négociation, persuasion, etc. À l’heure d’une économie mondialisée, d’importants flux migratoires et de diversité des populations d’actifs, difficile de comprendre pourquoi les entreprises ne financent pas plus souvent les formations en langues.

L’orthographe

81% des entreprises considèrent que les lacunes en orthographe sont un frein lors de la sélection d’un profil pour un recrutement.

Christelle Martin-Lacroux, maître de conférences en sciences de gestion à l’Université
Grenoble Alpes.

Compétence technique, démontrable, académique, l’orthographe s’apparente lui aussi à un hard skill. Si les entreprises sont une immense majorité à convenir que les fautes d’orthographe commises par leur personnel posent un réel problème pour leur travail et pour l’image de leur entreprise, elles sont en revanche très peu nombreuses à envisager de financer des cours d’orthographe et d’expression écrite pour leurs salariés. L’entreprise rejette la faute sur l’école, l’école sur les nouvelles technologies ou la difficulté d’un Français peu réformé depuis des siècles. Pendant ce temps, le niveau moyen des Français en orthographe continue de décliner et il s’avère en plus difficile de recruter des candidats capables d’écrire en français sans commettre d’erreurs.

Parmi nos différents clients entreprises, universités et particuliers qui utilisent notre cours d’orthographe Frantastique Ortho, ce sont les universités qui se montrent le plus enclin à financer des cours d’orthographe à leurs étudiants. Non pas qu’elles se considèrent responsables de régler le problème, mais elles le prennent à bras le corps autant qu’elles le peuvent. Mais tout le monde n’est pas étudiant. Pour les actifs, et dans un contexte où les interactions professionnelles se font de plus en plus à l’écrit, pourquoi les budgets formations des entreprises sont-ils quasi inexistants pour des cours d’orthographe ?

Comme pour les langues étrangères, la bonne maîtrise de l’orthographe s’inscrit pourtant dans les grands objectifs des soft skills, constituant un atout concret pour progresser en communication écrite et rédaction, renforcer les qualités relationnelles, favoriser le travail en équipe ou encore aider à la négociation et la persuasion.

Le débat sur l’orthographe se polarise trop à trouver un fautif : les jeunes, les smartphones, internet, l’école, l’Académie Française ou les parents. Peut-être faut-il admettre non sans humilité que nous avons tous un problème d’orthographe, et se rappeler que ce problème est source de discrimination tant pour la personne que pour son entreprise. Contrairement à d’autres discriminations, nous avons une chance de l’éradiquer : nous remettre à niveau. La somme des points à apprendre n’est pas insurmontable, en tout cas bien moins importante que celle permettant d’apprendre une langue étrangère.

La culture générale

La culture c’est comme un parachute : quand on n’en a pas, on s’écrase.

Affirmation approuvée par 76% des Français interrogés par l’IFOP
dans l’étude “Les Français et la culture générale”, décembre 2017.

Peu importe qu’elle soit considérée comme un hard ou soft skill, la culture générale est complètement absente des plans de formations des entreprises. On ne sait même précisément définir la culture générale. Est-ce de l’histoire, de la géographie, des arts, un peu de tout cela ? Une masse de savoirs sans fondements ni spécialités ? Le subtil déguisement de la culture bourgeoise, comme disent certains ? Ou un simple outil de sélection aux concours des Grandes Écoles ?

Au travers de notre expérience de commercialisation de notre service éducatif Mémorable, co-conçu avec les équipes éditoriales du Monde, seuls les particuliers et certaines universités se montrent prêts à financer des cours de culture générale. L’entreprise ne voit pas encore l’intérêt. Comme pour l’orthographe, elle considère que c’était à l’école de s’en charger.

Comme pour l’orthographe, le manque de culture générale peut pourtant constituer un facteur de discrimination, une entrave à une intégration réussie au sein d’une équipe, un frein à la communication, à la persuasion, au leadership, et par extension un obstacle au bien être et à l’épanouissement en entreprise. L’entreprise aurait donc tout intérêt à financer de telles formations.

Catégoriser les formations en hard skills et soft skills peut être pratique pour observer les tendances et évolutions des attentes des salariés, mais ne constitue en revanche pas un critère pertinent pour décider des formations à financer ou ne pas financer. La prise d’initiative du salarié, l’expérience de formation et les options de financement sont, selon nous, plus de meilleurs critères pour constituer un plan de formation efficace pour les salariés.

Plus d’informations sur nos formations :

* Source : France 2


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