Certification de l’anglais dans l’enseignement supérieur : halte au risque d’oligopole !

Tribune publiée par News Tank le 26/08/2020

Un arrêté du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a été publié au JO le 3 avril 2020, en plein confinement.

Celui-ci impose aux candidats inscrits aux diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et au diplôme universitaire de technologie, de se présenter à une certification en langue anglaise, organisée par un organisme externe. Si le besoin d’une certification internationalement reconnue, qui vient sanctionner une formation, se comprend parfaitement, il est regrettable que cette certification soit dorénavant l’apanage d’une poignée de grands organismes privés et/ou étrangers – TOEIC, TOEFL, Linguaskill, IELTS – dont la présentation au test conditionne la délivrance même du diplôme.

Acteur de l’éducation depuis 2004, partenaire des universités et certification d’anglais reconnue par l’Etat dans le cadre du Compte Personnel Formation, Gymglish pointe trois dangers qui découlent directement de cet arrêté :

1) Le risque d’oligopole

En dessaisissant les universités de la politique linguistique, l’État remet l’évaluation et la certification des étudiants à un petit nombre d’organismes privés et/ou étrangers. D’un point de vue éducatif (standardisation de l’évaluation) et économique (atteinte à la libre concurrence), l’Etat offre un pont d’or à quelques acteurs, au détriment d’une diversité d’autres acteurs légitimes et qualifiés pour fournir une certification pertinente.

2) La promotion du bachotage sur l’évaluation continue

Chez Gymglish, nous travaillons sur un apprentissage qui s’inscrit dans la durée et une évaluation continue tout au long de cet apprentissage. Ce processus d’évaluation continue analyse non seulement les acquis, mais aussi la consolidation de ces acquis dans le temps, la mémorisation, les besoins en révisions… A l’inverse, l’arrêté du 3 avril 2020 plébiscite un test instantané qui, certes, est très pratique pour industrialiser l’évaluation et la sélection, mais que l’on bachotte et qui renseigne peu sur les efforts d’apprentissage en amont et la capacité de mobilisation des connaissances en aval. Cette disposition législative vient saper tous les efforts de valorisation de l’évaluation continue conduits depuis 30 ans, qui s’impose pourtant à toutes les strates de la scolarité (du Brevet des collèges aux diplômes universitaires en passant par le nouveau Baccalauréat) 

3) L’atteinte au plurilinguisme

La certification obligatoire de l’anglais porte un coup à la diversité culturelle qui guide les départements des langues au sein des universités. Dans notre économie mondialisée, l’anglais s’est certes imposé comme la langue globale. Pour autant, l’État devrait participer à l’effort collectif des écoles, universités, entreprises, associations et familles de valoriser toutes les langues et toutes les cultures : les LV2 sont en excellente santé, elles recueillent l’intérêt de nombreux étudiants, surtout en Europe avec le programme Erasmus et au-delà même des langues européennes. Elles méritent, autant que l’anglais, une certification reconnue à l’international.

Cette certification semble bien trop stratégique pour être exclusivement orchestrée par une poignée d’acteurs internationaux. Il existe de nombreuses autres certifications, peut-être moins connues pour certaines, mais à forte valeur ajoutée qui exploitent des technologies innovantes pour évaluer quantitativement et qualitativement le niveau de l’étudiant. A contrario, mettre un score à 3 chiffres en face d’une capacité à communiquer dans une langue relève d’un exercice limité. Si l’on peut comprendre le besoin d’industrialiser l’évaluation, industrialisons peut-être plutôt la personnalisation de l’éducation. Replaçons la certification là où elle devrait être : à l’issue d’un apprentissage personnalisé, contextualisé et inscrit dans la durée. Les technologies, contenus et méthodologies sont mûrs pour cela !

Dès lors, si le système s’ouvre à une pluralité de certifications, comment parvenir à une reconnaissance internationale, vers laquelle tend – et à juste titre – cet arrêté ? Chez Gymglish, nous plaidons pour un transfert de compétence au niveau européen. 

Depuis 2001, dans le cadre du CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues), l’Europe s’est efforcée de concevoir et fournir une base commune pour la conception de programmes, l’évaluation de niveaux et la remise de diplômes. Voilà bien un organisme public a priori sans intérêts privés (ni même nationaux).  Pourquoi ne lui donne-t-on pas davantage de crédit et d’autorité sur un sujet aussi déterminant que la certification ? Pourquoi ne pas s’adosser au cadre et à l’échelle de notation du CECRL pour asseoir cette évaluation de niveaux internationalement reconnue ? Et ouverte à des organismes légitimes pluriels et en libre concurrence, publics comme le CLES ou privés, agréés par l’Union Européenne ? L’Europe a tout autant les atouts d’une renommée internationale et devrait prétendre à la même légitimité et reconnaissance que les scores TOEIC ou TOEFL.

Benjamin Levy, dirigeant de Gymglish

3 thoughts on “Certification de l’anglais dans l’enseignement supérieur : halte au risque d’oligopole !

  1. Patrice

    Les étudiants ont besoin de tests précis, fiables et reconnus. Les tests de Cambridge sont excellents. Le gouvernement veut que les étudiants aient aussi des certificats utiles. J’ai fait des recherches sur de nombreux examens et les examens de Cambridge sont les meilleurs. Ils n’ont pas le monopole, il y a les tests TOEIC, TOEFL, PEARSON, Duolingo, ….. Ce sont de bons tests et il n’y a pas de tricherie, contrairement à d’autres tests. Tout le monde peut faire un test et demander au gouvernement de l’accepter, mais il faut avoir beaucoup d’argent pour créer de nouveaux tests, les évaluer, former le personnel, employer des surveillants, etc. Les universités françaises peuvent négocier des réductions et organiser les examens de Cambridge sur leur campus et les employés de Cambridge surveillent puis corrigent les tests. Sinon, les étudiants peuvent se rendre dans un centre d’examen externe. Moins de travail pour les enseignants et de meilleurs examens. L’alternative est que les universités créent leurs propres examens chaque mois et forment tout leur personnel ou qu’elles utilisent d’autres examens qui ne sont pas aussi reconnus, aussi fiables et aussi sûrs avec des certificats qui n’aident pas les étudiants

  2. Gilbert Magnus

    Entièrement d’accord avec le point de vue exprimé dans ce texte. En tant qu’universitaire en Études germaniques, j’ai déjà signé une pétition réclamant une plus grande pluralité dans l’apprentissage des langues en Europe et une diversification des certifications respectives, certifications pouvant être délivrées par les universités (CLES, par exemple).
    Je ne sais pas si cette pétition a obtenu l’effet escompté. Je sais que la SAES (Société des Anglicistes de l’Enseignement supérieur) a rejeté ce projet d’uniformisation et de nivellement par le bas.
    Ne pourrait-on pas créer une autre pétition de ce type qui s’adresserait à tous les acteurs intervenant dans le cadre de l’enseignement des langues vivantes étrangères et de l’entreprise ?

    1. Olivia

      Bonjour Gilbert,
      En effet, les actions de type pétition ou demande de rendez-vous n’ont pas l’air de fonctionner. D’ailleurs, sachez qu’un recours a été déposé par 15 associations regroupant des étudiant·e·s, des enseignant·e·s et des chercheur·euse·s en langues contre l’arrêté du 3 avril 2020 relatif à la certification en langue anglaise (https://www.ranacles.org/communique-interassociatif-sur-la-certification-en-anglais/)

      Bonne journée,
      L’équipe Gymglish

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