15 choses que nous avons apprises depuis la création de Gymglish

En février 2019, Gymglish soufflait ses 15 bougies. Une belle occasion de revenir avec Antoine Brenner et Benjamin Levy, les deux fondateurs de l’entreprise, sur leur aventure entrepreneuriale.

Conseils, idées originales ou lieux communs, ils partagent les 15 enseignements qu’ils ont retenus de ces 15 dernières années.

1. Pas besoin d’être sûr.e de son idée

… car on ne l’est jamais ! Dans les parcours de formation ou de sensibilisation à l’entrepreneuriat, on insiste souvent sur la nécessité de bien étudier le marché et de bâtir un business plan détaillé avant d’envisager une quelconque création d’entreprise. C’est vrai ! Mais certains candidats à la création en retiennent qu’il faut être sûr.e de son idée avant de se lancer. Ce sentiment peut devenir un blocage. On n’est pas sûr.e, on étudie encore et on ne franchit jamais le pas. La prise d’une certaine quantité de risques est inhérente à toute création d’entreprise. On peut certes réduire la fenêtre d’incertitude en travaillant bien son business plan et en échangeant avec des professionnels du sujet, mais alors faisons-le dans un certain délai imparti. Puis, sauf mauvaise surprise, lançons-nous, écoutons nos intuitions, acceptons et aimons ce risque (après tout c’est ça qui est excitant). On ne peut pas voir juste sur tous les sujets avant de commencer, et on pourra toujours tirer des bords plus tard (“pivoter” comme on dit aujourd’hui) au regard de nos premières expériences terrain, qu’elles se révèlent réussies ou non.

2. Aller vite au marché

Dans la même veine, certains créateurs, en particulier dans la tech, peaufinent parfois leurs innovations trop longtemps avant de les exposer à la réalité du marché. On s’enferme des mois, sans revenus ni retours clients, pour concevoir, prototyper, tester, améliorer, re-tester son petit bijou. Mais on n’est jamais satisfait et on repousse le moment où on va le commercialiser. Cela coûte cher et on court le risque de ne pas avoir bien cerné la demande. Chez Gymglish, nous avons précédé tous nos lancements de produits depuis 2004 d’une phase pilote dite Beta, avec des produits certes potentiellement bugués, incomplets et imparfaits, mais communiqués comme tels et vendus à prix remisés, à des “partenaires pilotes” qui payent, apportent leur crédibilité en tant que premières références clients, et surtout partagent leurs ressentis et suggestions d’amélioration. Résultat, nous étions rentables dès notre premier exercice, et riches de nombreux retours et références clients. De cette idée très simple sont nés aux Etats-Unis les concepts de MVP (Minimum Viable Product) ou POC (Proof Of Concept). Quel que soit le nom qu’on lui donne, cette démarche d’aller vite au marché est essentielle selon nous, en particulier si l’on souhaite ou doit s’autofinancer.  Et n’hésitons pas à vendre nos versions Beta, MVP ou POC, ils ont déjà une valeur ajoutée, donc un prix.

3. S’associer à des gens différents

Comme pour les couples, nombreuses sont les histoires de conflits entre associés, voire de divorces, au prix de la vie de l’entreprise parfois. “S’associer, c’est se marier” dit-on. Mais alors comment prévenir ces conflits ? A qui s’associer ? A qui ne pas s’associer ? Nous ne prétendons pas avoir les réponses mais nous réjouissons de 15 ans de mariage heureux, sans orage – et encore 18 ans pour être exact, Gymglish est notre deuxième création d’entreprise ensemble. Voici notre recette : au-delà du “fit”, de l”’intuitu personae” (certes nous avions un “crush” l’un pour l’autre, mais était-ce suffisant?), nous nous sommes associés car nous sommes différents et complémentaires. Nous n’avons pas le même caractère, ni les mêmes compétences. L’un est tout simplement incapable de faire ce que l’autre fait. L’un est ingénieur, codeur, analytique, rationnel, passionné de technologies et s’occupe de tous les enjeux techniques et administratifs de la société. L’autre aime le relationnel, est sensible au subjectif – est parfois irrationnel-, gère le développement commercial et les enjeux contenu. Bien sûr nous avons un tronc commun solide, une vision et des valeurs similaires, mais nous avons fondé notre association sur les vertus de la différence, et recruté plus tard notre équipe sur celles de la diversité.

4. S’amuser au quotidien

Notre objectif lorsque nous avons créé Gymglish était de prendre plaisir au quotidien. Cet objectif pourrait figurer dans nos statuts, c’est un vrai pacte fondateur de l’entreprise. Il nous a dicté notre stratégie : développer notre business certes, mais en restant libres, indépendants et sans s’asservir au travail (voir points suivants).

5. Conserver sa liberté

Beaucoup de personnes aspirant à la création d’entreprise aspirent à la liberté. Ne pas avoir de patron, de pas avoir d’horaires, ne pas avoir de contraintes. Pourtant beaucoup d’entrepreneurs, qu’ils réussissent ou non, développent leur entreprise sous de fortes contraintes : des clients trop prépondérants dans le chiffre d’affaire (qu’il ne faut absolument pas perdre), ou des investisseurs, véritables copropriétaires de l’entreprise, parfois très impliqués dans sa gouvernance. Ou encore des équipes salariées mécontentes, qui se renouvellent trop souvent ou qui sont l’objet de climats tendus. Alors pourquoi créer son entreprise pour se retrouver avec de telles contraintes ?

Après une première création d’entreprise en 1999, une levée de fonds, une cession et un procès (notre acquéreur a oublié de régler l’acquisition !), nous souhaitions créer une nouvelle entreprise, mais pas à tous les prix, notamment pas au prix de notre liberté. Conserver notre indépendance était un objectif fondamental. Durant 15 ans, nous nous sommes autofinancés grâce à de nombreux clients B2B, avons diversifié nos revenus grâce à d’encore plus nombreux clients B2C, avons refusé de fusionner avec des tiers, même les plus illustres de notre secteur. Nous nous sommes débrouillés pour ne jamais dépasser 20 personnes dans notre bureau parisien, avec une équipe passionnée, fidèle et que nous connaissons bien. L’année dernière, nous avons toutefois remis ce cadre en question, avons accueilli des investisseurs dans notre capital et décidé de dépasser les 20 personnes. Nous n’en étions pas obligés, nous avions derrière nous 14 ans de croissance et avions une bonne trésorerie. Nous avons simplement eu envie d’autre chose, de passer à la vitesse supérieure, tout en restant majoritaires et en saisissant cette opportunité pour reluer ou faire entrer des salariés au capital. Les salariés sont maintenant le second bloc d’actionnaires après nous.

Nos choix d’hier et d’aujourd’hui sont ni bons ni mauvais, ce sont les nôtres. Quitte à prendre tous les risques de la création d’entreprise, veillons à bien connaître nos aspirations, définir nos objectifs en termes de vie au quotidien, de taille et de gouvernance d’entreprise. Quitte à créer notre propre boîte, veillons à conserver notre liberté.

6. Proposer des services payants

Dans l’imaginaire collectif, Internet a toujours été synonyme de gratuité. Dès les années 90, ce postulat est fort déjà, et il se renforce dans les années 2000 avec l’arrivée des apps mobiles. Aujourd’hui, les business models fondés sur la publicité, l’exploitation des données des utilisateurs se sont multipliés, sans oublier les copieux financements par levées de fonds en amont. Si nous nous réjouissons bien-sûr, en tant qu’utilisateurs, de bénéficier de tant de services gratuits, nous en comprenons de mieux en mieux le prix caché (“Si c’est gratuit, vous êtes le produit” comme on dit). En tant qu’entrepreneurs, nous sommes encore trop peu nombreux à envisager le service payant, fondé sur une certaine valeur ajoutée, le respect des données utilisateurs, sans oublier la bonne vieille réalité économique des investissements qui ont permis de le concevoir et des charges qui permettent de l’opérer.

7. L’équipe, c’est tout

Pardonnez ce lieu commun, mais tout de même : notre plus grande force, notre plus grande fierté, notre plus grand plaisir, c’est notre équipe. Nous avons fait le pari d’être transparents, de leur donner notre confiance, et nous pensons avoir la leur. Le plus grand atout de cette équipe ? Sa diversité. Nationalités, langues parlées, cultures, compétences, personnalités, coupes de cheveux… 15 ans ont passé et nous en sommes convaincus, la diversité est une vraie richesse.

8. Partager le gâteau

Nous avons mis en place il y a plus de 10 ans un plan d’intéressement permettant de re-distribuer 50 % de notre résultat net à l’ensemble de nos équipes, récompensant ainsi nos salariés.ées au même plan que nos actionnaires. Tous bénéficient également d’un Plan d’Epargne Entreprise (PEE) abondé au maximum et à 300 % depuis plus de 10 ans. Environ la moitié de nos salariés.es sont également actionnaires de Gymglish et constituent le deuxième “pool” d’actionnaires, derrière les fondateurs et devant les investisseurs financiers. La générosité est une valeur qui est associée à l’angélisme dans certains milieux entrepreneuriaux ou financiers. “Montrez-vous un peu plus cupides” nous a-t-on déjà conseillé avant de rencontrer des investisseurs. Mais le monde change et nous sommes chaque jour plus nombreux à comprendre l’intérêt, pour l’entreprise comme pour la société, de répartir équitablement les richesses. D’ailleurs nous avons trouvé des investisseurs qui appréciaient notre démarche de partage de gâteau. Ce type de financiers existe aussi !

9. Ne pas trop travailler

Nous pensons possible de créer et développer son entreprise sans s’épuiser ni s’asservir. Avant et depuis la création de Gymglish, nos horaires de travail sont restés raisonnables (les nôtres comme celles de notre équipe). Nous ne travaillons pas le soir ni le week-end, l’un de nous a passé plusieurs hivers en Amérique du Sud pour  surfer -voire travailler-, l’autre a pris deux années de césure pour s’occuper de son enfant et faire un master. Evidemment, il y a des périodes plus denses que d’autres, mais s’organiser avec des deadlines et objectifs, tant professionnels (tâches, aboutissements, lancements, etc) que personnels (journées courtes, vacances, loisirs, etc) nous a permis de conserver un bon équilibre tout en restant en croissance pendant 15 ans.

10. Un bon produit ne suffit pas

…hélas, ce serait trop beau. Il faut aussi communiquer et s’efforcer de le vendre. Encore un lieu commun, mais que nous nous répétons à nous-mêmes. Si nous n’avons jamais sous-estimé l’action commerciale, nous avons parfois manqué d’offensivité en communication, nourrissant l’espoir que la qualité du produit suffirait à le faire connaître. La réalité nous apparaît plus nuancée (et plus amère !). Un bon produit, proposant une valeur ajoutée importante et assorti d’une excellente qualité de service sont nos fondamentaux, et cela fonctionne. Plus d’un quart de nos clients nous connaissent grâce au bouche à oreille. Pour autant, cela ne suffit pas. Les moyens publicitaires déployés par certains de nos confrères sont colossaux. Dans notre secteur comme dans bien d’autres, la publicité règne et “donne le la”. Comment nous développer sans nous aussi inonder le monde de publicités? Un vrai casse-tête (voir point suivant !)

11. Il n’y a pas que la publicité pour se faire connaître

Pour se faire connaître sans passer son temps à faire de la réclame à tout le monde (suite point précédent),  nous avons trouvé quelques pistes, comme notre communauté de partenaires métiers : écoles de langues, professeurs ou médias spécialisés. Nous sommes ravis de partager notre valeur ajoutée et nos revenus avec ces derniers, et ils sont ravis de faire connaître à leurs clients et audiences nos cours de langues, qu’ils ont testés et dont ils apprécient la qualité. Ce sans verser un centime à un quelconque intermédiaire de l’industrie publicitaire.

12. Ne pas prendre les gens pour des c..s

En tant que consommateurs, ne trouvez-vous pas qu’on essaye trop souvent d’abuser de votre ignorance, crédulité ou manque de vigilance ? Promotions sous conditions tordues et écrites en tout petit, abonnements à tacite reconduction, services gratuits contre exploitation des données personnelles, le sujet n’a pas perdu de sa superbe en 2019.  En tant qu’entrepreneurs, pourquoi alimenter le phénomène ? Chez Gymglish, nous misons sur le libre arbitre et la transparence, des tests gratuits proposés en amont de tout achat, sans engagement et sans renseigner son numéro de carte, des abonnements non-tacitement reconductibles où le client doit sciemment repayer pour renouveler son abonnement, ou encore des conditions claires et sans entourloupe pour nos entreprises clientes et partenaires. Nous avons confiance en notre produit. Si nos clients et partenaires restent avec nous, cela doit être parce qu’ils sont satisfaits, et non parce qu’ils sont tenus par une quelconque clause que nous leur aurions subtilement faite avaler.

13. La France L’Europe est notre pays

Gymglish est une entreprise parisienne, française et européenne. Nous sommes bien-sûr ravis d’être français, de contribuer au tissu entrepreneurial français et très reconnaissants d’avoir eu la chance de grandir et de faire nos études dans ce beau pays. Toutefois la France – si grande, belle et dynamique soit-elle dans l’innovation et la création d’entreprise- ne saurait à elle seule définir notre identité. Nous avons 20 nationalités différentes en interne et n’aurions pu être l’entreprise que nous sommes aujourd’hui sans l’espace de Schengen et la possibilité de recruter des Européens. En Europe, nombreux sont celles et ceux qui comme nous regrettent la montée des nationalismes. Pourtant, dans les milieux de la tech et des start-up en France, nous n’entendons parler que de “French” ceci et “French” cela. Fédérer ses efforts et être solidaires est souhaitable à tous les niveaux, en dessous et au delà du seul périmètre de la nation. Le milieu de la tech est l’un des mieux placés pour promouvoir l’Europe, la technologie et les talents qui la façonnent sont éminemment internationaux. Regardons peut-être davantage les choses sur le périmètre européen. Cela n’enlèvera rien au dynamisme de nos belles start-up et aux compétences de nos ingénieurs. Ainsi pourrons-nous, comme le font déjà les communautés scientifiques ou artistiques, fédérer nos efforts et nous montrer solidaires entre Européens.

14. Faire la “teuf”

Depuis notre création en 2004, nous avons mis un point d’honneur à organiser chaque année une grosse fête dans nos locaux. Non pas pour nos clients et enjeux de communication, mais d’abord pour nous, notre équipe, nos proches et célébrer le printemps. Puis nous y avons invité nos clients et partenaires, sans en changer le caractère spontané et informel (pas de discours, pas de présentation powerpoint, pas de corporate !). Un vrai succès au fil des ans, tant pour nous que pour l’enjeu communicationnel, qui n’était pourtant pas recherché. Aux nombreux invités professionnels qui nous demandaient “comment réussissez-vous à faire des fêtes aussi chaleureuses?”, nous leur donnions notre secret : inviter tout le monde, tant les contacts professionnels que personnels. Ce, jusqu’à la fête de nos 10 ans en 2014 lorsque notre plancher s’est effondré pendant un concert ! Résultat : aucun blessé, mais nous sommes depuis lors interdits de fête par notre propriétaire. Heureusement, nous déménageons dans quelques mois et allons pouvoir reprendre notre rituel. Stay tuned*…

* pour recevoir une invitation à la prochaine soirée Gymglish, écrivez nous à Ilikethesoundofthat@gymglish.com.

15. N’écouter personne

La culture de l’opposition est une valeur importante de l’entrepreneur.se selon nous. Nous essayons chaque jour de nous rappeler qu’il n’existe pas que des chemins balisés, et notamment de douter de toutes les listes de conseils qu’on nous donne à lire. Voici donc notre dernier conseil : Don’t take no shit from no one!

Benjamin Levy et Antoine Brenner, fondateurs de Gymglish

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